Et voici en exclusivité un de mes textes originels que j'ai pu écrire il y a déjà quelques temps. L'histoire d'un guerrier solitaire vivant entre réalité et rêveries...

 

 

Un immense champ de fleurs sous un ciel bleu. Le vent balaye les fleurs d’une caresse légère et fait voler les pétales et le pollen dans le ciel. Une petite fille cours au milieu du champ en riant, tournant sur elle-même. Elle s’assoit par terre et regarde dans la direction d’un arbre, alors elle fait des signes avec son bras à la femme qui se trouve au tronc. Celle-ci répond en faisant le même geste et regarde ensuite au sol où quelqu’un est endormi, profitant ainsi de l’ombre de l’arbre.

Il ouvre les yeux et regarde cette femme et lui parle, mais il n’entend pas ce qu’il dit. Elle lui répond en riant, mais là encore, il n’entend pas la voix. Il se redresse et voit la petite fille assise dans les fleurs et décide de la rejoindre pour jouer avec elle. Il court et c’est alors que la distance qui les sépare se rallonge au fur et à mesure qu’il avance. Le rire de la petite fille devient de moins en moins audible, mais l’homme ne semble pas s’en rendre compte. Le ciel s’assombrit et les fleurs fanent d’elles-mêmes, le vent s’arrête et bientôt, la petite fille devient trop distante pour lui. Alors il s’arrête et regarde autour de lui.

L’arbre où se trouvait Naganë, sa femme, ont eux aussi disparu. Asmoclès crie le nom de sa fille, Noganë, mais là encore, il n’entend pas sa propre voix. Il hurle dans le silence, se croyant muet, plongé dans une obscurité qui s’étend autour de lui, se rapprochant lentement de ses pieds.

L’ombre commence à grimper ses jambes alors qu’Asmoclès continue d’appeler sa femme et sa fille, ne voyant pas que son corps disparait dans l’obscurité. Quand l’ombre s’empare de sa tête et entre dans sa bouche, il se met alors à pousser un hurlement démentiel, et entend enfin sa voix.

Mais c’est trop tard, Asmoclès disparait entièrement et sa voix s’éteint d’un seul coup.

 

Asmoclès ouvre les yeux et pousse un soupir. Encore une fois, il a fait ce cauchemar qui hante son sommeil depuis plusieurs années. Tous les soirs, il espère que ce rêve ne se produira pas, mais il faut croire que cette requête ne lui sera pas accordée. Il s’est alors dit que le moment où il arrêtera de revivre cette scène sera celui de sa mort. Dans la mort il ne rêvera plus et pourra alors rejoindre ces deux personnes qui lui sont tellement précieuses.

Les moments passés avec eux sont maintenant révolus. Asmoclès se le répétait pour se faire une raison et voulait en finir avec ces réminiscences. Repenser à eux continuellement ne l’aiderait pas, mais il ne voulait pas les oublier pour autant. Aujourd’hui, il avait mieux à faire que de se ressasser le passé. Il se leva, s’étira et se s’habilla. Un nouveau combat l’attendait d’ici peu de temps, aussi devait-il faire bonne figure et se préparer convenablement.

Car Asmoclès est un gladiateur. Il combat dans le Colisée de la planète Hettys pour le bonheur de la foule. Il se moquait bien de l’appréciation du public à son égard, tout ce qui comptait pour lui était de toucher sa solde et de finir les combats entier et vivant. Celui qui devait avoir lieu n’allait pas être facile. Son adversaire était un colosse de presque deux mètre cinquante, originaire d’une planète voisine. La taille importait peu pour Asmoclès. Dès qu’il trouvera où se situe le point faible de son ennemi, le combat tournera à son avantage. Car il avait le don pour repérer les failles de ses ennemis, que ce soit dans la cuirasse ou dans les tactiques de combat, Asmoclès trouvera le détail qui causera la perte de son adversaire.

Il avait confiance en lui mais sans faire d’excès de zèle. Pour peu que sa stratégie se retourne contre lui, l’ennemi pouvait alors tout aussi bien en finir avec lui. Il se souvenait de certains combats qui auraient pu lui être fatal s’il n’avait pas eu l’idée de revoir sa tactique au dernier moment pour s’en sortir.

Car les combats de gladiateurs sur la planète Hettys étaient tous des combats à mort et le Colisée offrait un droit de non-lieu à tous les combattants, c'est-à-dire que d’où qu’ils viennent et quoi qu’ils aient pu faire, les combattants n’avaient plus rien à craindre des lois.

La plupart des gladiateurs étaient des hors-la-loi, bandits en tout genre venu profiter de l’asile que le Colisée donnait. La seule condition était de se battre sur le sable de l’arène pour profiter de cet état de grâce. Les combats avaient lieu toute la journée sans interruption. Le nombre de gladiateurs changeant tous les jours (que ce soit par les morts ou les arrivées des nouveaux combattants), le spectacle ne s’arrêtait jamais, pour le plus grand bonheur de la foule.

Asmoclès n’avait pas été un hors-la-loi à proprement parler dans son passé, mais après avoir perdu sa femme et sa fille, il n’avait plus rien à perdre ou à gagner, et par dépit, s’était enrôler dans les tribunes du Colisée. A ses débuts, il avait eu comme adversaires des débutants, comme lui. Il n’eut pas trop de mal à les vaincre, même si certains d’entre eux étaient des psychopathes en cavale ayant tués un grand nombre de personnes.

Au fur et à mesure, Asmoclès s’était forgé un nom et une réputation. Il était devenu Edréfeth le Précis, du fait de son talent à viser juste. Il avait toujours remporté tous ses combats, mais il savait bien qu’un jour il tomberait sur un adversaire plus fort que lui. Ainsi était la loi de la nature. Il y a toujours une personne plus forte que soi qui prendra notre ascendant.

Jusqu’à ce que cet instant arrive, Edéfeth le Précis enchainera ses victoires et restera en vie.

Asmoclès enfile son armure, prend ses armes et se dirige vers l’entrée de l’arène, casque à la main. Il porte à la ceinture son épée, le bouclier est attaché dans le dos et porte une lance dans la deuxième main. Il s’est aussi équipé d’un filet accroché à sa ceinture pour immobiliser son ennemi ainsi que d’un poignard. Il marche dans le couloir qui l’amène à l’arène. Ce couloir est obscur, sale, et seul la lumière provenant du bout l’éclaire. Asmoclès avance donc dans l’obscurité, seulement guidé par la lumière qui lui fait face.

Il entre dans l’arène et se retrouve sous les acclamations de la foule. Asmoclès prend tout de même la peine de les saluer et met son casque sur la tête. Il aperçoit alors son nouvel adversaire qui s’approche. Il s’agit effectivement d’un combattant de taille comme lui avait dit son entraineur. C’est un colosse à la peau écailleuse et à la stature imposante qui portait un fléau et le faisait tournoyer au-dessus de sa tête.

Asmoclès réfléchit en un éclair à la façon de le vaincre. A bien voir son adversaire, celui-ci était doté non seulement d’une armure recouvrant son corps, mais aussi d’écailles, ce qui lui donnait alors deux protection. De plus, sa taille hautement supérieure à celle d’Asmoclès pouvait aussi lui donner un avantage d’allonge. Néanmoins, ce reptile géant ne semblait muni que de ce fléau et d’aucunes autres armes. Se déplaçait-il rapidement ?

Pour en avoir le cœur net, Edrefteh lui fit signe de s’approcher pour le narguer. Le colosse poussa un hurlement gutturale, plaça le manche de son fléau entre ses dents, se mit à quatre pattes et s’élança sur Asmoclès. Sa vitesse était fulgurante, à tel point que le gladiateur adverse n’eut pas le temps de réagir, et Edrefeth se fit violemment percuter par ce reptile et se retrouva plaqué au sol en un rien de temps.

Asmoclès était devenu la proie et son prédateur comptait bien en faire son repas. Il ouvrit grand sa gueule et se prépara à plonger ses crocs dans la gorge de cet humain insignifiant quand il sentit un objet tranchant se planter dans sa trachée. Asmoclès venait de se libérer un bras et avait enfoncé son poignard à travers les écailles. Il eut alors la certitude que si sa peau écailleuse était assez solide à traverser, l’intérieur de son corps était complètement mou.

Asmoclès profita de cet instant de répit pour agrandir la plaie qu’il venait d’ouvrir et égorger son adversaire. Le sang lui giclait dessus à mesure qu’il tranchait et le reptile hurlait comme un dément. Finalement, Edrefth le Précis parvint à traverser la barrière écailleuse de son ennemi, et pour couronner le tout, il enfonça encore plus profondément sa lame dans la chair pour achever son ennemi.

Le reptile s’effondra sur le côté et ne bougea plus, se vidant de son sang verdâtre. Asmoclès se dégagea et brandit son poing en signe de victoire. La foule l’acclama de toutes parts et les ovations fusaient. Une fois de plus, Edrefeth le Précis venait de vaincre. Il s’apprêta à retourner dans ses vestiaires quand un nouveau gladiateur entra dans l’arène. Celui-ci s’approcha d’Edrefeth et baissa son pouce en direction du sable, signe qu’il comptait le tuer.

Asmoclès avait encore mal à cause du plaquage et il n’avait pas encore repris son souffle qu’un nouveau combat l’attendait. Qu’à cela ne tienne ! Il prit son bouclier et son épée et se mit en garde. Son nouvel adversaire faisait sa taille mais son armure noire était assez impressionnante, tout comme la faux qu’il tenait comme arme. Même si le contrecoup du précédent combat le lançait encore, il se sentait tout à fait en mesure de se battre.

C’est alors que ce nouvel adversaire prit la parole et dit :

« Appelle-moi Shagôn la Faucheuse, celle qui te libérera de cette vie de combats ».

« Qu’est-ce qui te fais croire que j’ai envie de me libérer de cette vie ? Et puisque tu as eu l’amabilité de te présenter, laisse moi en faire de même. Je suis Edrefeth le Précis, celui qui trouve toujours l’endroit juste ».

Shagôn le salua et lui sauta dessus. La faux se rapprochait à grande vitesse du cou d’Edrefeth et celui-ci para l’attaque avec son bouclier, qu’il plaça in-extremis au bon moment. Il profita de l’avoir bloqué pour porter une attaque avec son épée. Il visa directement la visière des yeux du heaume pour atteindre la tête et vite en terminer avec ce combat.

La lame de l’épée percuta le heaume sans pour autant le traverser ni même l’égratigner. Asmoclès frappa de nouveau au même endroit mais sans plus de résultat. A force d’attaquer le heaume avec ardeur, l’épée se fissura, alors Shagôn attrapa Asmoclès au cou et serra avec une telle force qu’il était sur le point de l’étrangler en moins d’une minute.

Asmoclès laissa tomber son épée devenue inutile et tenta de se libérer de l’étreinte de Shagôn. Même le métal de son armure n’avait pas pu arrêter cette attaque. Il ne parvenait plus à respirer ou à forcer cette étreinte. Asmoclès se refusait à mourir ici et maintenant, surtout de cette manière. Pourtant, il était totalement impuissant en cet instant. L’armure de Shagôn arrêtait ses armes et sa force le dépassait en tout point.

Asmoclès cessa de se débattre, sa résistance étant inutile. Il sentait que la douleur diminuait, que son souffle se faisait moins rapide. Continuer de se battre ne servait plus à rien. Il entendit vaguement le public pousser des hurlements de stupeur mais tout cela n’avait plus d’importance.

Mourir au combat était le souhait de tous guerriers. Asmoclès en était devenu un, alors ce vœux était maintenant le sien. Il devait le reconnaitre, depuis qu’il était venu au Colisée, la seule chose qui l’importait était d’en finir avec la vie. Cet endroit était pour lui comme une sorte de purgatoire, un lieu où il finirait ses jours après avoir tout perdu. Plus rien ne le retenait dans la vie, il le savait pertinemment. Le cauchemar qu’il faisait toutes les nuits était en fait un appel des âmes de sa famille, il venait juste de le comprendre. La strangulation de Shagôn venait de l’aider à saisir cette vérité.

C’est alors que Shagôn le libéra. Asmoclès tomba à genoux et s’accrocha à son armure noire pour ne pas s’effondrer au sol. L’air s’engouffra dans ses poumons et se mit à tousser. Il leva les yeux vers son adversaire et murmura quelque chose, une phrase que seul son interlocuteur ne put entendre.

Shagôn consentit.

Asmoclès se releva et se stabilisa debout. Ses forces ne lui permettaient même plus de s’enfuir. Shagôn prit sa faux à deux mains et se prépara à attaquer. Asmoclès ne faisait aucun signe de résistances, on aurait plutôt dit qu’il attendait d’en finir. Il vit l’arme salvatrice fondre sur lui…

Un grand flash blanc.

Asmoclès ouvrit les yeux et se releva. Il remarqua alors qu’il était allongé sous l’arbre dans le champ de fleurs et que sa femme Naganë le regardait. Il aperçut alors ensuite Noganë, sa fille, courant au-milieu des fleurs.

Il entendit Naganë lui parler, lui disant d’aller jouer avec sa fille. Asmoclès se dirigea alors vers Noganë et le champ ne s’agrandit pas à mesure qu’il s’approchait d’elle. Il la prit dans ses bras et l’embrassa sur la joue. Il était tellement heureux de cet instant qu’il avait du mal à retenir des larmes de joie de couler de ses yeux.

Dans ce champ de fleurs, Asmoclès n’avait plus besoin de livrer le moindre combat, personne à affronter ni même pour l’acclamer. Finalement, Shagôn la Faucheuse lui avait rendu un immense service en accédant à sa requête. Il venait enfin de retrouver sa famille disparue. Plus rien d’autre ne comptait pour lui désormais.